Quand exister passe par le regard des autres
Pendant longtemps, j’ai cru que mon cœur était mon seul pouvoir. Que la sensibilité, l’amour, la capacité à ressentir profondément faisaient de moi quelqu’un de valable. Et puis l’adolescence est passée par là. Le regard des autres aussi. La société m’a appris, très tôt, que mon corps avait plus de valeur que ma parole. Que ce que je dégageais comptait davantage que ce que je pensais. On me regardait enfin. On ne m’écoutait toujours pas. Mais j’existais.
Confondre désir et valeur : une violence silencieuse
Alors j’ai confondu existence et désir. Comme beaucoup de femmes, j’ai intégré l’idée que le corps était une monnaie d’échange : pour l’attention, pour la reconnaissance, pour l’amour. J’ai cru que la sexualité était un pouvoir, alors qu’en réalité, elle devenait un moyen de me réduire. De me fragmenter. De me couper de moi. Ce que je pensais être une affirmation était une dévaluation lente et silencieuse.
Quand le corps n’est plus un lieu sûr
Le corps évalué, jugé, contrôlé
Quand le regard extérieur devient central, le corps cesse d’être un espace vécu. Il devient une surface évaluée. Jugée. Contrôlée. Et parfois, cette pression ne s’exprime pas par des mots, mais par des gestes. Des gestes que l’on ne nomme pas toujours comme violents, mais qui le sont. Se pincer jusqu’au sang. S’attaquer à ce qui dérange. Punir ce corps perçu comme étranger.
Se faire violence sans savoir faire autrement
Ce n’était pas de la scarification au sens médical du terme, mais c’était une manière de me détruire, parce que je ne savais pas faire autrement.
Le corps comme mécanisme de survie
La mémoire corporelle du non-dit
Avec le recul, je comprends que ce corps essayait de me protéger. De mettre une distance entre le monde et moi. Entre moi et moi. Quand on ne sait pas écouter ses limites, le corps parle à sa manière. Par la tension. Par la douleur. Par le rejet.
Ce n’est pas une faiblesse, c’est une adaptation
Il garde la mémoire de ce qui n’a pas pu être dit, ni entendu. Ce n’est pas une faiblesse, c’est un mécanisme de survie.
Se regarder autrement : du jugement à la rencontre
Le miroir comme espace de transformation
Pendant longtemps, je ne savais pas me regarder. Pas vraiment. Le miroir était un ennemi ou un juge. Je ne savais pas encore que le simple fait de se regarder profondément, honnêtement, sans correction ni posture, pouvait transformer une relation à soi.
Rencontrer son corps plutôt que l’évaluer
Regarder un corps, ce n’est pas l’évaluer. C’est le rencontrer. Et cette rencontre-là change tout.
Réconciliation avec son corps : ressentir avant de corriger
Le travail de réconciliation avec son corps commence souvent là : accepter de ressentir avant de comprendre. D’accueillir avant de corriger. D’écouter ce qui dérange plutôt que de le masquer. Cesser de cacher la colère, la déception, la violence intérieure. Non pas pour les laisser prendre toute la place, mais pour les reconnaître. Ce qui est reconnu peut se transformer. Ce qui est nié s’imprime.
La photographie thérapeutique comme acte de souveraineté
Reprendre le contrôle de son image
La photographie thérapeutique s’inscrit exactement à cet endroit. Pas comme un outil esthétique, mais comme un espace de souveraineté. Elle permet de reprendre le contrôle de son image, non pas pour séduire ou convaincre, mais pour se choisir.
Devenir sujet de son image, pas objet du regard
Quand la femme devient sujet de son image et non plus objet du regard, quelque chose se réorganise. Le corps redevient un allié. Un espace de sensation, d’intuition, de présence.
Redevenir habitée : choisir sa place
Donner trop d’importance au regard des autres est un signe de dépendance émotionnelle et identitaire. Reprendre possession de son image, c’est reprendre possession de sa place. De sa parole. De son pouvoir personnel.
Objet ou sujet : un choix à faire
La question n’est pas de devenir désirable, mais de devenir habitée. Si tu continues à te voir à travers les yeux des autres, tu resteras prisonnière de leurs projections. À un moment, il faut choisir : rester objet ou redevenir sujet.