Quand on parle de violence, on pense spontanément aux coups, aux cris, aux agressions visibles. À ce qui laisse des traces que l’on peut montrer, prouver, dénoncer. Pourtant, il existe une autre forme de violence, plus silencieuse, plus insidieuse : celle que l’on s’inflige à soi-même, souvent sans la nommer comme telle.
Se faire violence, ce n’est pas toujours se mutiler au sens médical du terme. C’est parfois se pincer, se serrer, se contraindre, se priver, se pousser au-delà de ses limites. C’est ignorer ses signaux internes, mépriser ses besoins, se forcer à tenir alors que tout en soi demande l’arrêt. Cette violence-là est socialement tolérée, parfois même valorisée : être forte, encaisser, ne pas se plaindre, continuer malgré tout.
Le problème, c’est que le corps, lui, ne fait pas la différence entre une violence “légitime” et une violence reconnue. Il enregistre. Il compense. Il se protège comme il peut. Quand une personne n’a pas appris à écouter ses émotions, son ressenti, ses limites, le corps devient le lieu d’expression de ce qui n’a pas de mots. Tensions chroniques, comportements auto-punitifs, rejet de son image, dissociation, hypercontrôle ou au contraire abandon total : ce sont des réponses de survie, pas des faiblesses.
Ce que l’on considère comme violence est souvent réducteur. Beaucoup de femmes ne se reconnaissent pas comme victimes parce qu’elles n’ont “pas vécu pire”, parce qu’il n’y a pas eu de coups visibles, parce que “d’autres ont vécu bien plus grave”. Pourtant, se détruire lentement, se nier, se haïr, se forcer à correspondre à une image qui ne nous ressemble pas, est une forme de violence intériorisée. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle passe inaperçue.
Reconnaître cette violence commence par apprendre à traduire les signaux. Se demander :
– Est-ce que je me respecte quand je prends cette décision ?
– Est-ce que je me parle avec dureté, mépris, dégoût ?
– Est-ce que mon corps est un allié ou un ennemi ?
– Est-ce que je me fais payer quelque chose, consciemment ou non ?
Quand ces questions émergent, ce n’est pas le signe que “ça va mal”. C’est souvent le début d’une lucidité salutaire. Le corps ne demande pas qu’on le corrige, mais qu’on l’écoute. Qu’on le rencontre sans jugement. Qu’on lui rende sa fonction première : être un espace de vie, de ressenti, de sécurité.
Être aidée, dans ce contexte, ne signifie pas être faible. Cela signifie refuser de continuer seule avec des mécanismes qui font souffrir. L’aide peut prendre plusieurs formes : soutien psychologique, accompagnement corporel, espace de parole sécurisé, ou travail thérapeutique autour de l’image de soi. Ce qui compte, ce n’est pas la méthode miracle, mais la cohérence et la sécurité du cadre.
En Suisse romande, des ressources existent, accessibles et confidentielles :
Urgence et écoute nationale
La Main Tendue – 143 Écoute 24h/24, anonyme, gratuite. Pour parler quand ça déborde, sans devoir tout expliquer.
Ligne 147 – Pour les enfants et adolescents (appel, SMS, chat).
Numéro d’urgence : 112 en cas de danger immédiat.
Violence que faire
Plateforme officielle suisse pour comprendre, identifier les violences (y compris psychologiques et auto-infligées) et trouver de l’aide par canton.
Solidarité Femmes
Présente à Fribourg, Vaud, Genève, Neuchâtel, Valais et Jura
Accueil, écoute, accompagnement pour femmes confrontées à des situations de violence (y compris psychologique).
Demander de l’aide n’efface pas le passé. Mais cela empêche la violence de continuer à s’exercer dans le présent. Reprendre possession de son corps, de son image et de sa parole est un processus.
Il commence souvent par une phrase simple : “Je ne veux plus me faire ça.”
