5h45. Le réveil sonne, et mon corps hurle. Un cri silencieux. Un cri sourd, logé sous tes côtes, une lourdeur qui me plaque au matelas. Mais je me lèves. Parce qu’il le faut. Parce que si je m’arrête, je sais que je disparais.
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Ce rythme, je l’ai vécu. C’est celui d’une vie passée sur des rails, littéralement. 40 heures de cours. 18 heures de train. 12 heures de petit boulot pour payer le droit d’étudier. Faites le calcul. Il ne reste rien pour vivre.
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Tu te dis que c’est temporaire. Tu te dis que c’est le prix à payer pour « réussir ». Tu portes tes cernes comme des médailles de guerre. Tu es fière d’être « sous l’eau », « charrette », « débordée ».
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Cet article, je l’écris pour celle qui est en train de lire ça dans le métro, le RER, ou tard le soir, les yeux brûlés par la lumière bleue, persuadée que sa valeur se mesure au nombre d’heures qu’elle parvient à ne pas dormir.
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Je t’écris pour te dire que tu te trompes de combat.
Confondre "être digne" et "ne jamais s'arrêter"
Le piège est subtil, mais il est mortel. Il commence quand on intègre l’idée que l’amour, l’attention, la validation, ça se mérite. Ça se gagne à la sueur de son front et à l’adrénaline de ses nuits blanches.
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Quand tu es cette étudiante-là, tu ne cherches pas juste un diplôme. Tu cherches le droit d’exister. Tu penses : « Si je fais plus, je serai plus. » Alors tu deviens une experte en négociation avec tes propres limites. Tu rognes sur le sommeil. Tu rognes sur les repas. Tu rognes sur la joie. Tu deviens une calculette géante : combien de temps pour ce dossier ? Combien de temps de trajet ?
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Tu vis en apnée. Et le pire, c’est que le monde t’applaudit. On félicite ta « détermination ». On admire ta « capacité de travail ». Personne ne voit que derrière la machine de guerre, il y a une petite fille terrifiée à l’idée qu’on découvre qu’elle n’est que ça.
Quand l'image révèle ce que tu refuses de sentir
On peut se mentir très longtemps avec des mots. On peut se raconter qu’on est « juste un peu fatiguée ». Mais l’image, elle, ne négocie pas.
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Il y a un moment où tu te regardes dans un miroir, ou sur une photo prise à la volée, et tu ne te reconnais pas. Non pas parce que tu as changé, mais parce que tu es éteinte. Le regard est vide. La posture est celle de quelqu’un qui porte le monde.
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C’est souvent là que le choc opère. La photographie, dans ma pratique, a souvent ce rôle de révélateur brutal. Elle te montre l’écart entre la guerrière que tu penses être et le corps épuisé qui te soutient.
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Voir sa fatigue en face, c’est le début de la fin du mensonge. C’est le moment où l’on doit choisir : continuer à se détruire pour prouver qu’on existe, ou commencer à exister pour de vrai.
Le repos comme acte politique
Aujourd’hui, je ne m’épuise plus pour exister. J’ai compris quelque chose qui change tout : ma valeur est intrinsèque. Elle ne dépend pas de ma « to-do list » cochée.
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Dans un monde qui glorifie le « hustle », l’agitation permanente, la disponibilité 24/7, s’arrêter est un acte de rébellion. Intégrer le repos, ce n’est pas juste faire une sieste le dimanche. C’est un acte politique. C’est dire NON à un système qui te veut productive avant de te vouloir vivante. C’est dire OUI à ton humanité, à ta fragilité, à tes cycles.
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C’est accepter que tu as le droit d’être là, juste là, sans rien produire, sans rien prouver, sans rien rentabiliser. Et que c’est déjà suffisant.
Si tu lis ces lignes et que tu sens les larmes monter, parce que tu te reconnais dans cette course effrénée, sache que tu n’es pas seule. Et surtout, sache qu’il est possible de descendre du train en marche sans mourir.
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J’enseigne aujourd’hui l’existence hors performance. J’accompagne celles qui veulent déposer les armes et renouer avec un corps qui n’est plus une machine, mais un sanctuaire. Si tu sens que c’est le moment pour toi de lâcher prise, je te propose un espace pour en parler. Un appel découverte de 30 minutes, gratuit. Juste pour voir si je peux t’aider à ralentir.