Il y a des pertes qui ne trouvent pas de place. Pas parce qu’elles ne sont pas importantes, mais parce qu’elles arrivent trop tôt, trop brutalement, sans cadre pour les contenir.
Un matin, je me suis levée et habillée avec le coeur d’une enfant pour qui la vie semblait plaine de perspectives. J’avais 11 ans. C’était entre deux portes, celle qui sépare la classe du couloir. J’étais en retard, j’avais oublié mon cahier. Les lumières étaient éteintes. Seule la lumière filtrait au travers des persiennes. Il faisait sombre.
Je me heurte à un homme en rejoignant ma classe. Le prêtre de mon école. les mots s’enchaînent dans sa bouche, je ne pèse pas le poids de ce qu’il dit. C’est incompréhensible. Ce n’est pas compréhensible. Ca ne peut pas l’être. J’acquiesce, j’ai peur d’arriver en retard, d’être collée. Chaque pas martèle ma tête, chaque seconde martèle mon coeur. Les mots prennent leur place, leur sens. Elle s’appelait Anne-Laure.
J’avais 11 ans et je me couchais avec le coeur d’une enfant qui ne s’en remettra pas. J’écris ses mots avec la douleur de l’enfant de 11 ans que j’étais. Je n’ai pas été accompagnée. Sa mort a été étouffé et mon deuil mis de côté. J’ai mal, j’ai si mal encore aujourd’hui. Ma tête ne comprend pas, mon coeur souffre en silence, mon corps est démuni, il est seule et ne comprend pas comment me protéger. Je tombe progressivement en dépression. Il y a 30 ans, l’adolescence m’avait fait basculer dans les enfants catégorisés “à problèmes”. Aujourd’hui on saurait que j’étais au bord du suicide. https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2003/revue-medicale-suisse-2425/les-particularites-de-la-depression-a-l-adolescence . J’y ai pensé. Cette mort. Tellement de fois.
Mon non-deuil est aujourd’hui ancré en moi. Il fait parti de moi. Parce que les conséquences d’une adolescence sous le signe de la dépression se répercute irrémédiablement sur la vie de l’adulte. Je vous mets quelques informations en fin d’article.
Quand la perte est brutale et que le silence s’installe autour, le choc ne disparaît pas. Il se déplace. Il s’inscrit. Dans le corps. Dans une peur permanente d’être vivante, d’être restée. Dans une vigilance constante que ça recommence. Cette sensation que quelque chose peut encore arriver, à tout moment. Le deuil non fait ne s’exprime pas toujours par des larmes. Il peut se traduire par une tension une irritabilité permanente, une difficulté à se détendre, à faire confiance à la vie, aux autres, à soi, à s’épanouir.
La peur de mourir ou de perdre ceux que l’on aime devient alors viscérale. Elle ne passe pas par la pensée rationnelle, mais par le corps. Une peur archaïque, profonde, souvent incomprise. Peur de l’abandon et du rejet. Peur de la disparition. Peur que tout s’effondre à nouveau. Le système nerveux reste en alerte, comme si le danger était toujours imminent. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une mémoire corporelle.
Cette mémoire a des conséquences visibles et invisibles. Hypervigilance. Besoin de contrôle. Difficulté à lâcher prise. Corps figé ou, au contraire, constamment en mouvement. Rapport à l’image souvent distancié : on se regarde peu, ou avec dureté. Le corps peut devenir un lieu étranger, un espace que l’on surveille plutôt qu’un lieu que l’on habite. Après un choc, beaucoup de femmes se coupent de leur ressenti pour continuer à avancer. Mais ce qui n’a pas été traversé ne disparaît pas. Cela attend.
Il arrive pourtant un moment où quelque chose demande à être reconnu. Pas forcément raconté dans le détail. Mais reconnu comme réel, violent, marquant. Autoriser le fait que cette perte a compté. Qu’elle a laissé une trace. Et que l’on peut être à la fois vivante et endeuillée. Que la joie n’annule pas la tristesse. Que continuer à vivre ne signifie pas oublier.
Accueillir un deuil, c’est aussi accepter qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les pertes. Il n’y a pas de “petits” ou de “grands” deuils. Il y a ce que chacun a vécu, avec les ressources qu’il avait à ce moment-là. Ce qui a été minimisé, comparé, ou invalidé mérite aujourd’hui un espace juste. Sans injonction à aller mieux. Sans obligation de résilience rapide.
Cette douleur, aujourd’hui j’en fais une force, je ne peux pas la faire disparaitre. Ce n’est pas mon chemin. Ca ne l’a jamais été. C’était écrit. Je le comprends seulement maintenant. Cette douleur me consume de l’intérieur, brûle mon coeur. Elle m’exhorte à l’utiliser pour en faire une force. Je ne suis pas un phenix. Je suis juste une petite fille de 11 ans qui aujourd’hui comprend le cadeau que son amie décédée lui a laissé il y a 30 ans.
Je pensais que mon témoignage serait de créer une association contre le cancer. Aujourd’hui il est plus grand. Il est là. Enfin. La thérapie par l’image porte son essence. Parce que par sa mort, j’ai manqué d’empathie, d’attention, d’écoute de non-jugement et d’espoir, d’amour. C’est avec tous ces manques que j’ai construit ma vie d’adulte et mon business (oui je suis cheffe d’entreprise d’un business qui n’en reste pas plus humain, mais un business quand même) et le développement de Love Quantique TM se base sur toutes ces valeurs.
Ma photographie thérapeutique s’inscrit précisément dans cet espace. Non pas pour réparer au sens classique, mais pour offrir une réparation symbolique. Un lieu où le corps peut être vu sans être jugé. Où l’image ne vole rien, mais rend quelque chose. Se regarder dans un cadre sécurisant permet parfois de renouer avec une présence perdue. De ressentir à nouveau. D’habiter son corps sans devoir masquer la tristesse ou la peur. La photo devient alors un espace où l’on peut être entière : vivante, sensible, marquée, mais debout.
Certaines pertes ne se dépassent pas. Ceux qui te disent que tu oublies c’est de la connerie. Tu apprends. Tu les laisses vivre en toi. D’abord elles te traversent. Lentement. Avec respect. Et parfois, avec de l’aide. Et puis elle te construise, elle te renforce. Il faut du temps, beaucoup de temps pour comprendre l’amour qu’il y a dans une perte.
👉 Continuer, mais pas seule
Si ce que tu viens de lire résonne, c’est peut-être qu’une perte, elle aussi, n’a jamais trouvé sa place. Certaines douleurs ne demandent pas à être effacées. Elles demandent à être reconnues, regardées, accueillies autrement.
Dans ma newsletter, je parle de ces zones sensibles : du deuil, du corps, de la peur, de l’image. Sans injonction à aller mieux. Sans discours creux. Et si tu sens que ce chemin devient trop lourd à porter seule, je propose un appel découverte gratuit (45 minutes). Un espace pour déposer, mettre des mots, et voir si je peux t’accompagner avec respect.
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Il est important de savoir que l’irritabilité et/ou un comportement oppositionnel peut masquer une dépression chez l’adolescent
Lorsqu’il est difficile de trancher entre le normal et le pathologique d’une symptomatologie dépressive, c’est souvent la persistance du trouble qui permet le diagnostic
L’information de l’adolescent et de sa famille peut permettre de rompre un cercle d’opposition, de conflit et de désespoir qui maintient la dépression de l’adolescent
Les médicaments antidépresseurs, inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine, se sont avérés sûrs et efficaces pour le traitement à court terme de la dépression chez les adolescents. Ce qui n’est pas le cas pour les antidépresseurs tricycliques
Dans bien des situations cliniques, il est utile de proposer des prises en charge multifocales avec plusieurs intervenants
Si la dépression d’un adolescent n’est pas soignée, elle risque de persister, s’aggraver et devenir chronique, entraînant des conséquences graves à l’âge adulte comme des troubles anxieux, une consommation de substances, l’échec scolaire, l’isolement social, des problèmes professionnels et un risque accru de suicide, car le manque de traitement augmente le risque de rechutes et de complications sérieuses.